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23-24 mai Atelier de recherche international 1968 – 2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest

 

Atelier de recherche international
1968 – 2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest

Paris, 23-24 mai 2018

Maison de la recherche, 28 rue Serpente, 75006 Paris

L’expérience de « 68 », dont on commémore cette année les 50 ans, loin de se réduire au mai français, a suscité ou s’est articulée avec de multiples courants politiques, sociaux, culturels, qui ont irrigué durablement les pratiques sociales, politiques et militantes, produit des solidarités et des circulations dans d’autres espaces. “Vu du Sud”, les contestations étudiantes dans les ex-colonies françaises ont alimenté des pratiques durables et diverses de solidarité internationale. “Vu de l’Est”, la référence à 68 renvoie avant tout au rassemblement des dissidents soviétiques le 25 août de cette même année à Moscou en soutien au printemps de Prague. Plus largement, dans les pays communistes et post-communistes, 68 évoque les événements de Prague et les mobilisations étudiantes de Yougoslavie. Au-delà des divergences idéologiques manifestes, celles-ci et celles là ont peut-être plus en commun qu’il n’y paraît.

Cinquante ans plus tard, que reste-t-il de ces références plurielles ? Comment les pratiques militantes contemporaines s’inscrivent-elles en continuité ou en rupture avec ces histoires, singulières mais aussi partagées ? L’atelier de recherche international “1968 – 2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest” souhaite constituer un lieu de débat et de réflexion entre chercheurs et militants français, russes, ukrainiens et est-européens pour comprendre comment articuler les expériences de 68 et les nombreuses pratiques militantes en cours aujourd’hui.

Coordinateurs: Alexander Bikbov (EHESS), Olga Bronnikova (ILCEA4, Université Grenoble Alpes), Françoise Daucé (Cercec, EHESS), Anne le Huérou (Paris Nanterre, ISP), Bella Ostromooukhova (Université Paris Sorbonne, Eur’Orbem), Perrine Poupin (CEMS, EHESS), Stefanie Prezioso (Université de Lausanne)

Sources : Wikipedia Commons; Banner from the Demonstration supporting the Prague spring
on the Red Square in Moscow, August 25, 1968; Slogan of supporters of Alexander Dubček Prague, 1968, BG A62/819 (from Het Vrije Volk collection)
Mercredi 23 mai 2018

13h30-14h Introduction :

  • Alexander Bikbov, EHESS.  « Les nouvelles « petites » formes de la mobilisation en Russie, après la période des manifestations de masse »

 

14h-16h00 / Session 1 : Contourner les interdits et  la répression

Modératrice : Françoise Daucé, CERCEC-EHESS

Intervenants :

  • Alexeï Gaskarov, ville de Joukovski, région de Moscou. « Activisme urbain, militantisme antifasciste et tactique anti-répressives des mouvements de gauche russes »
  • Antony Pregnolato, Université de Nanterre, ISP. « Résistance aux violences policières en France »
  • Olga Miriassova, Institut de Sociologie, Académie des Sciences de Russie, Moscou, « Syndicats indépendants et groupes de solidarité en Russie: dépasser l’apathie »
  • Ian B. militant, « L’antiterrorisme comme mode de répression des militants et des réfugiés politiques »

16h30h-18h30 / Session 2 : Le militantisme après et dans l’émigration, diasporas et solidarités

Modératrice : Anne Le Huérou, Université Paris Nanterre, ISP

Intervenants :

  • Hanna Perekhoda, Université de Lausanne, « Solidarités. Militer depuis l’étranger ? »
  • Inna Omarova, association Singa. « Expérience d’exil et lutte pour les droits des réfugiés »
  • Perrine Poupin, EHESS, CEMS. « La révolution ukrainienne de 2013-2014 et sa perception par les milieux militants à l’Est et à l’Ouest »
  • Marko Bojcun, NY University, Londres, « Ukrainian socialists in diaspora and West-East solidarity »

 

Jeudi 24 mai 2018

9h30-12h30 / Session 3 : Pratiques militantes dans les luttes locales

Modératrice : Bella Ostromooukhova, Eur’Orbem, Paris Sorbonne

Intervenants :

  • Elena Russakova, députée municipale à Moscou. « Luttes pour l’espace et l’auto-gestion, dans la capitale russe »
  • Maxim Osadchuk et Iryna Zrobok, militants autonomes, Lviv, Ukraine. « La constitution d’une communauté militante par des pratiques quotidiennes d’activisme local »
  • Daria Serenko, Moscou, coordinatrice du “Tikhij Piket”. « Tikhij Piket (“rassemblement silencieux”) : une stratégie de contournement d’un espace public répressif »
  • Julien Talpin, Université de Lille2, CERAPS, « Les luttes urbaines en France et l’héritage de mai 68 »

12h30-14h : pause
14h00-16h  / Session 4 : L’après 68 entre culture et politique

Modératrice : Olga Bronnikova, ILCEA4, Université Grenoble Alpes

Intervenants :

  • Nicholas Ciuferri, enseignant, écrivain, performer, Italie. « Bologna Spring ’77, in between creativity and violence »
  • Aleksandra Sekulic, Centre de décontamination culturelle, Belgrade. « La culturalisation des revendications politiques après le 68 étudiant en Yougoslavie et la mémorialisation de l’euphorie »
  • Natalia Smolianskaya, RGGU, Moscou.  » Rejouer Mai 68 : les enjeux des mobilisations et des réflexions critiques en Russie post-soviétique »

16h-18h  / Session 5 : Les mobilisations critiques en France et en Europe : l’héritage de Mai 68
Intervenants :

  • Jean Batou, professeur honoraire en histoire politique à la faculté des SSP à l’Université de Lausanne, à propos de son ouvrage Nos années 68 dans le cerveau du monstre
  • Jean-Yves Potel, écrivain, historien spécialiste de l’Europe centrale. « Quel militantisme après 1968 ? Parallèles Est-Ouest »

Discutants : Yves Cohen, CRH-EHESS & Boris Gobille, ENS Lyon

Inscription obligatoire auprès de Bella Ostromooukhova ostrob@gmail.com

Louis au coeur : hommage à Louis Aminot (1941-2018)

Louis au coeur

En souvenir de Louis Aminot (1941-2018) et rappel de ses questions.

 

De Brest, je suis déjà un « ancien militant anti-guerre »,

pour la décolonisation,, la solidarité et la coopération des peuples,

 pour le désarmement nucléaire, la « Reconversion » des productions d’armement

vers des productions civiles et la construction de la Paix.

 La Paix ? Je la conçois comme un processus de démilitarisation

de l’économie, des rapports sociaux et des relations internationales.

 Les exigences des producteurs et marchands d’armes

 se traduisent dans toutes les langues de la même façon.[1]

Louis Aminot

 

Louis, syndicaliste et militant de paix, intellectuel et ouvrier, de Brest et du monde, nous a quitté, militant jusqu’aux derniers jours.

J’ai dû entendre parler de lui pour la première fois, dans la deuxième moitié des années 1980, par Jean Brugié (1926-2009) et Maurice Najman (1948-1999), le premier, ancien résistant, ancien officier et militant communiste – exclu du parti en 1981, et toujours militant (et bien d’autres choses)[2] et le second, animateur des Comité d’action lycéen en 68, militant trotskyste et révolutionnaire romantique (et bien d’autres choses)[3]. Jean et Louis se voyaient avec d’autres communistes ou ex-communistes, ils étaient notament amis de l’ancien résistant Maurice Kriegel Kriegel-Valrimont (antistalinien exclu du parti en 1961). Jean, qui militait avec moi au CODENE (Comité pour le désarmement nucléaire en Europe) me racontait les combats de Louis et des camarades et Maurice me parlait de ce flamboyant leader ouvrier, et de ses idées sur la reconversion des industries d’armement. Ces années-là j’ai donc commencé à croiser régulièrement Louis

Louis, fils de marin, a travaillé à l’arsenal de Brest de 1955 à 1974, apprenti dès 14 ans et membre des jeunesses communistes à 15, puis, ouvrier électromécanicien à l’arsenal et bien sûr syndiqué CGT[4]. Elu comme conseiller municipal de Brest en 1977, et plus tard vice-président de l’agglomération, jusqu’en 2001. Il sera ensuite directeur des relations publiques de la ville de Sevran (Seine Saint-Denis) de 2004 à 2009. Militant communiste, membre de la direction puis secrétaire fédéral de la fédération du Finistère de 1965 à 1986.

Au début des années 1980 le Parti était en crise d’orientation, après la rupture du Programme Commun de la gauche en 1977, les reculs électoraux constatés lors des élections législatives de 1978, des présidentielles de 1981 (gagnée par François Mitterrand), des européennes de 1984, l’expérience de la présence de quatre ministres communistes au gouvernement (1981-84) et leur départ après le « tournant de la rigueur » de 1983. Louis faisait partie de ceux qui voulaient rénover le parti, de ce courant « rénovateur » très fort dans la fédération du Finistère… avant d’en d’être exclu en 1985[5].

Les divers « rénovateurs » et « reconstructeurs » seront exclus, ou vont quitter d’eux même le parti, les uns après les autres. Louis va participer aux tentatives de regroupement dans le Mouvement des rénovateurs communistes, plus tard les communistes unitaires, en 2008 de la Fédération pour une alternative sociale et écologique FASE, puis en 2013 Ensemble, (Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire) alors composante du Front de Gauche.

Entre temps en 1988, je l’avais retrouvé, très actif dans la campagne présidentielle de Pierre Juquin, l’ancien dirigeant communiste (exclu du bureau politique en 1984 puis du parti en 1987), avec Maurice, avec Jean, et bien d’autres. Pierre Juquin n’obtiendra que 2,1% des voix… mais 8% à Brest. Quelques temps plus tard, en octobre 1990, nous étions, avec Jean Brugié et Louis à Prague lors de l’assemblée fondatrice du réseau Helsinki Citizens Assembly (HCA, et son relais en France l’Assemblée européenne des citoyens AEC)[6], ou étaient aussi les anciens ministres communistes Jack Ralite et Marcel Rigout

Militant, communiste et les mains libres

Militant et communiste. Communiste, encensé, dénoncé, accusé, condamné, viré, maudit. » Debout. Les mains libres. En quête d’une issue révolutionnaire écrivait Louis en 2009, Délivrée de ses geôliers, débarrassée de ses oripeaux dogmatiques, après un travail de deuil, approfondi, sans concession, « l’idée communiste » s’épanouira à nouveau, plus belle et rebelle que jamais. (…) Au fond, elle n’est rien d’autre qu’une formidable éveilleuse de conscience, une magistrale créatrice de sens. À leur manière, dans leurs combats et engagements, le monde du travail et celui de la création expriment son désir d’égalité (des droits et devoirs) et sa soif de liberté. Ainsi du Front Populaire, de la Libération et de son Conseil National de la Résistance, des mouvements sociaux et démocratiques déployés de la fin de la guerre d’Algérie à nos jours, en passant par Mai 68[7]. Elles découlent de mon vécu nous dit-il encore, de mon attachement à l’idée communiste et de moult et moult discussions, à têtes multiples, engrangées sur le thème de la sempiternelle interrogation « bon sang, que faut-il faire aujourd’hui ?»[8] :

Louis est engagé, sans interruption, quotidiennement. C’est une exigence de l’éducation des têtes et l’irrigation des consciences à la hauteur des changements à entreprendre de fond en comble exigent un effort idéologique et politique monumental, individuel et collectif. C’est une proposition du regroupement, ou au moins l’alliance des forces politiques de la gauche progressiste. C’est l’espérance de voir converger les luttes et mouvements : La confluence des mouvements sociaux, syndicaux, mutualistes, associatifs, et de l’action politique convergente sur le plan international, éclaircira l’horizon du dépassement du capitalisme mondialisé, le cap ouvrant le chemin de la mise à l’endroit des modes de production et rapports sociaux vers l’égalité des droits et devoirs[9].

Mais il aurait fallu pouvoir dépasser les vieilles organisations et leurs vielles formes. Louis écrivait au début de 2018 : rebelles devant l’adversité, les [militants] Brestois-es voudraient bien enterrer ces vieilles droites et gauches sclérosées et austéritaires du siècle d’avant. Vers quelles conversions et quel horizon ? Ils regardent « en haut et à gauche », pour l’instant ils ne voient rien de crédible pas même du côté des Insoumis. Le système étant inamendable, nous n’avons pas le choix. Nous devons travailler à la rupture avec tous les défaitismes, renoncements et accommodements libéraux et sociaux-libéraux.

Longtemps élu, toujours acteur local, Louis a participé à l’animation du R.E.A.L. (Rencontre des élus et des acteurs locaux pour une alternative progressiste, citoyenne et écologiste) crée en 1996, dont il avait récemment accepté d’être le président, et de l’Association Formation et citoyenneté, fondée par Jean Brugié, qui assure des formations pour les élus (notamment ceux qui n’étaient pas encartés dans les grandes organisations politiques).

Défense et paix : l’aphasie de la gauche

Louis était partisan de la paix et agissant pour le désarmement, combattant toutes les formes d’impérialismes et de militarismes, et n’hésitait pas à dénoncer les postures, activités et agressions françaises. Longtemps ouvrier dans l’industrie d’armement, et à l’arsenal de Brest de surcroit, il s’est très tôt demandé le sens de produire des armes et quelles armes, pour quelle défense (ou quelles attaques), et s’est donc posé les questions des stratégies et des « politiques de défense ». Travaillant et agissant avec sous les yeux l’Ile Longue, base des sous-marin nucléaire lanceur d’engin (SNLE) porteur de missiles balistiques nucléaire, il s’est interrogé sur l’intérêt et la légitimité de « la force dissuasion » fondée sur ces armes de destruction ultra-massive (dont l’emploi est évidemment synonyme de crime contre l’humanité). Comme d’autres il avait très mal vécu l’acceptation de la dissuasion nucléaire par le PCF en mai 1977 sans aucun débat interne[10], (un an avant que le Parti Socialiste fasse de même, sans plus de débat d’ailleurs). Et beaucoup plus que d’autres (notamment à la CGT), ouvrier, citoyen, élu, d’un pays du peloton de tête mondial des industries d’armement, il pensait que si l’on voulait combattre le surarmement, il fallait se poser les questions de ces industries, du rapport civil-militaire, des productions, de leur éventuelles et/ou nécessaires reconversions.

Une réflexion  commencée à l’époque de la dernière phase de la guerre froide (les années 1980 et la « crise des euromissiles »), poursuivie quand, dans les années suivantes, on parlait de « fin de l’histoire », de perspectives de désarmement global et des « dividendes de la paix », mais aussi de « guerres de civilisation », tandis que l’on guerroyait pour le « nouvel ordre mondial » du côté de l’Irak, et que se développaient de nouvelles guerres de dislocation éclatant à l’intérieur de certaines régions et pays (Yougoslavie, Caucase, Algérie, Afrique centrale…). Puis, depuis le début du XXIe siècle, nous en sommes au terrorisme et à la « guerre à la terreur », à la généralisation de la « sécuritisation » (idéologies, politiques et pratiques sécuritaires et de militarisation), au chaos croissant, aux vagues de réfugiés, aux montés des nationalismes et identitarismes xénophobes et meurtriers, et à la reprise de la course mondiale aux armements.

Toutes ces années, Louis se désolait que l’on ne s’interroge pas, à gauche, en France, sur les politiques de défense au sens large, des choix stratégiques et industriels, des actions possibles pour faire face aux menaces et aux violences et pour la paix.

Il y avait constatait-il des slogans – par exemple « contre l’OTAN » mais sans grande réflexion sur les systèmes de sécurité collective, « pour la paix », mais sans grande réflexions sur les conflits en cours, « contre les ventes d’armes » mais sans grande réflexions sur le complexe militaro-sécuritaire, etc…, ce qui ne permettait guère d’avancer.

Louis et quelques autres, avaient l’impression de parler dans le vide. Comme il le soulignait il y a quelques mois s’adressant à ses amis d’Ensemble : Avec Ben Cramer, j’ai récemment posé des questions (voir le site Ensemble !) : Il y a beaucoup d’autres questions à poser afin de pouvoir commencer à les résoudre. En tout cas, poser la question de la sortie du nucléaire civil en le dissociant du nucléaire militaire ne me semble pas tenir la route. De même, omettre d’examiner les conséquences des activités militaires sur le dérèglement climatique me semble être une aberration… Pain (conditions de vie et de travail), Paix (instances internationales, défense, industries d’armement, dénucléarisation, démilitarisation, etc.), Liberté (démocratie, citoyenneté, émancipation, autogestion, coopérations horizontales, institutions au plan national, européen et international) c’est le trépied du changement… L’une de ses trois pattes se révèle-t-elle trop « faible » et l’échafaudage perd l’équilibre et se casse la gueule…[11].

Mais sur ce genre de question, on était et on est toujours, et depuis longtemps, à gauche aphasique… ou parfois conservateur et nationaliste.

En 2013 des militants des verts ou sympathisant élaborait un « Livre vert de la défense », occasion de débat espérait Louis ? Las, l’intérêt des cadres et militants d’EELV restaient anecdotique, pour ne pas parler des autres courants de gauche. Quand Jean Luc Mélenchon a soutenu la dissuasion, il n’y a guère eu de débat non plus, ni dans le Parti de Gauche, ni dans la France Insoumise, pour ne pas parler des autres courants de gauche. Entrainant la fureur de Louis :  la conception actuellement professée par JLM en matière de « Défense » et du rôle de la France (possible nouvelle deuxième puissance !) dans le monde me paraît être antagonique avec une France que nous voulons pacifique, démocratique, progressiste, écologiste, coopérative et solidaire, somme toute « motrice » dans la voie de la dénucléarisation et de la démilitarisation des économies et des esprits. Je veux rappeler qu’en 2012, je n’étais pas le seul, loin de là, à souligner la faiblesse (le compromis ou l’esquive) de « L’Humain d’abord » en ces domaines clés[12]. Quand Benoit Hamon a repris sans réserve dans son programme la vulgate Gaullo-Mitterandienne en matière de défense, presque personne ne l’a remarqué.

Cela au niveau national comme local. A l’occasion des toutes dernières élections législatives, en 2017, Louis constatait amèrement : Je rappelle qu’en Finistère pas un-e candidat-e d’EELV, du PCF d’Ensemble ! ou de France Insoumise, n’a traité de l’Ile longue et de ses quatre SNLE. A fortiori aucun-e d’entre eux n’a proposé l’ouverture d’un processus de démantèlement du nucléaire[13].

Continuer le débat, répondre au défi sécuritaire

Et pourtant ce débat sur les politiques de défense et de sécurité, dans toutes leurs dimensions, est aujourd’hui plus que jamais indispensable en ces temps de dérèglement géopolitique, alors nous ont pourtant dit Louis et son ami Ben cramer : la Guerre est à l’offensive : Séduction de « l’opinion » par la valorisation des nouvelles armes technologiques et nucléaires, la « Guerre » mène son offensive idéologique au pas de charge[14]. Et que L’unification des tâches de « sécurité » confie à l’armée des tâches de police tandis que la police tend à se militariser. L’idée s’installe, « nous sommes en guerre ». L’état d’urgence est maintenu. Sécurité nationale et sécurité intérieure s’inscrivent dans la nouvelle doctrine militaro-policière. La guerre extérieure ? La guerre intérieure ? Elles ne méritent pas une délibération politique. La « cohésion nationale » et les « valeurs de la République » façonnent les esprits, quitte à justifier la répression à l’encontre d’ennemis bien précis : les « islamistes » ou réputés tels, les classes populaires, les mouvements sociaux ?

Un débat stratégique et prioritaire, tandis que le complexe militaro-industriel et les militaires se remuent tous azimuts, et que les forces progressistes semblent l’ignorer. Dont on aurait ou se saisir lors des campagnes présidentielles, autrement que par des discours creux … pour une politique à long vue, de sécurité réelle intérieure et extérieure, une option vers le désarmement (notamment nucléaire) avec ses implications car le combat pour l’élimination des armes nucléaires n’avancera vraiment que s’il prend en compte la complexité des questionnements articulant « problématiques locales et globales« .[15] et sans alternative industrielle, le combat pour le désarmement est bancal .

Avec Louis et un de ses amis au bar le Vauban à Brest juin 2016

Louis terminait tous ses messages à ses amis en s’exclamant toujours Haut les cœurs ! Et son cœur à lui battait bien au-dessus du niveau de la mer d’Iroise et des océans. Un cœur gros comme ça qui nous envoie un message impératif : continuons à nous informer, élaborer projets et visions, continuons le combat !

Bernard Dreano

6 mai 2018

[1] Intervention de Louis Aminot aux Rencontre internationale pour la paix et le progrès, Paris, Colonel Fabien, 1er juin 2016.

[2] Isabelle Sommier et Jean Brugié Officier et communiste dans les guerres coloniales Flammarion 2005,

[3] Maurice Najman faisait partie des rares militants qui s’intéressait à la question des reconversions industrielles et notamment de celles des industries d’armements, il avait informé Louis de l’expérience des anglais de Lucas Aerospace ‘ (du groupe Vickers) dans les années 1975-77.

[4] Voir sur sa jeunesse, son beau livre, Louis Aminot : Zef ou l’enfance infinie…Carnets de bord d’un apprenti. Paris, éditions Syllepse, 2008,

[5] Sur cette période, cf. notament le livre de Roger Martelli L’occasion manquée. Été 1984 : quand le PCF se referme, Éditions Arcane 17, 2014.

[6] Le réseau HCA crée par des militants pour le désarmement à l’Ouest, et pour la démocratie à l’Est, s’est trouvé confronté aux développements des « nouvelles guerres de dislocation » selon l’expression de Mary Kaldor (l’une de ses fondatrices) et autres conflits, là ou il avait des branches et correspondants (Balkans, Caucase, Turquie, Russie, Ukraine, Moyen Orient, etc.) et à développer réflexions sur les conflits et actions avant, pendant, après les conflits armés. Louis gardera suivra avec intérêt les élaborations et expériences

[7] « Gauche : Hisser le projet au commandement » Texte de Louis Aminot pour ses camarades, Brest, le 22 août 2009.

[8] Louis Aminot : « La révolte vient de loin Aux camarades de l’ACU, Association des communistes unitaires, en vue des réunions nationales des 12 et 13 juin 2009 ».

[9] La révolte… Op. cit.

[10] Adoption par le comité central du PCF du rapport de Jean Kanapa Défense nationale, indépendance, paix et désarmement.

[11] Message de Louis Aminot à ses amis du 28 novembre 2016

[12] Message, Op.cit.

[13] Message de Louis Aminot à ses amis du 14 juin 2017.

[14] Ben Cramer et Louis Aminot :« Guerre et paix : remarques et questions », 16 octobre 2016 .https://www.ensemble-fdg.org/content/guerre-et-paix-remarques-et-questions

[15]  « Quelles alternatives économiques et industrielles pour le bassin d’emploi du Pays de Brest, conçues comme encouragement à l’ouverture d’un processus d’abandon des SNLE et des ogives entreposées à l’Ile longue ? », dossier établi par Michèle Kiintz, 24 mai 2013