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Nouvelles du terrain – Ukraine : Une Kyiv Pride sous haute sécurité


Des membres de la garde nationale ukrainienne derrière les grilles dressées pour assurer la sécurité des manifestants participant à la Kyiv Pride.

Presque autant de participants que de forces de l’ordre mobilisées. 5 000 de chaque côté. Cela correspond au ratio nécessaire en Ukraine pour assurer la sécurité de la Kyiv Pride qui s’est tenue ce 17 juin dans le centre-ville de la capitale. Il s’agit de la cinquième édition de la « marche de l’égalité » qui a lieu chaque année à Kiev depuis 2013 (à l’exception de 2014 pour cause de début de conflit à l’est). Pour l’occasion, le centre-ville a été bouclé dès la veille au soir et plusieurs stations de métro ont été fermées ce qui n’a pas manqué de susciter de vives réactions des citadins, s’en prenant à la fois aux forces de l’ordre et aux organisateurs.

Pour « Ozon », initiative citoyenne de monitoring de procès et de rassemblements pacifiques, la Kyiv Pride est l’un des temps forts de l’année. J’ai rejoins la trentaine de ses volontaires venus documenter les actions de la police et relever d’éventuelles bavures et violations des droits des manifestant-e-s et contre-manifestant-e-s.

 

« L’Ukraine n’est pas Sodome !» « Les enfants ont le droit à un père et à une mère !» « Honte !»

Ces slogans scandés par des manifestant-e-s orthodoxes venus exprimer leur opposition à la Kyiv Pride devant les grilles d’entrée gardées par la police nous mettent dans l’ambiance.

– « Ok… Et ils sont où les militants d’extrême droite ?

-Ils les ont dispersés à 6h ce matin, 57 emmenés au poste. Ils étaient environ 150 au total positionnés vers le parc Chevtchenko ; ils avaient prévu de bloquer la manif à cet endroit-là. Wow regarde la vidéo ! On dirait du caviar ! »

Ces jeunes ultranationalistes font partis de groupes dont la propagande agressive est très visible dans les rues de Kiev, agissant comme une véritable sous-culture qui promeut des discours de haine à l’égard des minorités, en premier lieu les communautés Roms et LGBTIQ. « C14 », « Corps national », « Karpatska Sich » sont quelques uns de leurs noms. Certains comme la « Milice nationale » vont même jusqu’à se donner pour mission de nettoyer les rues ukrainiennes des trafiquants de drogue, de l’alcool ainsi que des établissements de jeu clandestins. L’un de leur clip publié en janvier dernier avait d’ailleurs fait sensation avec près de 600 membres du groupe paradant dans le centre-ville. Parmi eux, des vétérans du conflit dans le Donbass ainsi que d’anciens hooligans de football adeptes de fitness.

Si leur nombre est à relativiser et que leur poids électoral reste marginal, très en deçà du seuil des 5% pour pouvoir être représenté au Parlement pour la majorité d’entre eux, les ultranationalistes tentent d’imposer par la force leur agenda et points de vues. Activistes de gauche, LGBTIQ, féministes, défenseurs des droits de l’homme et minorités ethniques et religieuses sont les premières victimes visées par leurs menaces et attaques. Celles-ci se sont intensifiées ces derniers mois, souvent dans l’impunité la plus totale (attaques contre des manifestant-e-s venus défiler à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars dernier à Kiev, Lviv et Oujgorod ; interruptions de conférences sur l’Holocauste et sur la communauté LGBTIQ ; démantèlements de camps de Roms dans la capitale, … ).

Le 10 mai dernier, une vingtaine de militants ultranationalistes ukrainiens ont par exemple empêché la tenue d’une conférence organisée par Amnesty International sur –ironiquement- la situation des droits LGBTQI en Russie. Les cinq policiers présents ont refusé d’intervenir et il a fallu attendre une heure et l’arrivée d’une patrouille de police municipale pour que les participants puissent quitter les lieux en toute sécurité.

C’est donc dans ce contexte de tensions accrues, avec une recrudescence du discours patriotique ukrainien en guerre contre son voisin russe qui s’accompagne d’une prolifération de discours de haine et de violence contre les minorités, que la Kyiv Pride 2018 a eu lieu. Pas d’incidents majeurs à reporter, mais par mesure de sécurité des bus avaient été affrétés pour exfiltrer les manifestant-e-s hors du centre-ville afin d’éviter toutes attaques des « safaris » (groupes d’ultranationalistes qui rodent dans les rues à l’affût de manifestant-e-s isolés).

 

 

Pour aller plus loin :

– The Sunday Show: Kyiv Pride, Syria, Anne Applebaum. 2018. Animée par Nataliya Gumenuyk. Diffusée le 17 juin 2018. Hromadske International. https://en.hromadske.ua/posts/the-sunday-show-kyiv-pride-syria-anne-applebaum

– Likhachev, V. (2018). Far-right Extremism as a Threat to Ukrainian Democracy, Nations in transit, Freedom House, Mai 2018. https://freedomhouse.org/sites/default/files/ukraine%20brief%20final.pdf

23-24 mai Atelier de recherche international 1968 – 2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest

 

Atelier de recherche international
1968 – 2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest

Paris, 23-24 mai 2018

Maison de la recherche, 28 rue Serpente, 75006 Paris

L’expérience de « 68 », dont on commémore cette année les 50 ans, loin de se réduire au mai français, a suscité ou s’est articulée avec de multiples courants politiques, sociaux, culturels, qui ont irrigué durablement les pratiques sociales, politiques et militantes, produit des solidarités et des circulations dans d’autres espaces. “Vu du Sud”, les contestations étudiantes dans les ex-colonies françaises ont alimenté des pratiques durables et diverses de solidarité internationale. “Vu de l’Est”, la référence à 68 renvoie avant tout au rassemblement des dissidents soviétiques le 25 août de cette même année à Moscou en soutien au printemps de Prague. Plus largement, dans les pays communistes et post-communistes, 68 évoque les événements de Prague et les mobilisations étudiantes de Yougoslavie. Au-delà des divergences idéologiques manifestes, celles-ci et celles là ont peut-être plus en commun qu’il n’y paraît.

Cinquante ans plus tard, que reste-t-il de ces références plurielles ? Comment les pratiques militantes contemporaines s’inscrivent-elles en continuité ou en rupture avec ces histoires, singulières mais aussi partagées ? L’atelier de recherche international “1968 – 2018 : Pratiques militantes d’Est en Ouest” souhaite constituer un lieu de débat et de réflexion entre chercheurs et militants français, russes, ukrainiens et est-européens pour comprendre comment articuler les expériences de 68 et les nombreuses pratiques militantes en cours aujourd’hui.

Coordinateurs: Alexander Bikbov (EHESS), Olga Bronnikova (ILCEA4, Université Grenoble Alpes), Françoise Daucé (Cercec, EHESS), Anne le Huérou (Paris Nanterre, ISP), Bella Ostromooukhova (Université Paris Sorbonne, Eur’Orbem), Perrine Poupin (CEMS, EHESS), Stefanie Prezioso (Université de Lausanne)

Sources : Wikipedia Commons; Banner from the Demonstration supporting the Prague spring
on the Red Square in Moscow, August 25, 1968; Slogan of supporters of Alexander Dubček Prague, 1968, BG A62/819 (from Het Vrije Volk collection)
Mercredi 23 mai 2018

13h30-14h Introduction :

  • Alexander Bikbov, EHESS.  « Les nouvelles « petites » formes de la mobilisation en Russie, après la période des manifestations de masse »

 

14h-16h00 / Session 1 : Contourner les interdits et  la répression

Modératrice : Françoise Daucé, CERCEC-EHESS

Intervenants :

  • Alexeï Gaskarov, ville de Joukovski, région de Moscou. « Activisme urbain, militantisme antifasciste et tactique anti-répressives des mouvements de gauche russes »
  • Antony Pregnolato, Université de Nanterre, ISP. « Résistance aux violences policières en France »
  • Olga Miriassova, Institut de Sociologie, Académie des Sciences de Russie, Moscou, « Syndicats indépendants et groupes de solidarité en Russie: dépasser l’apathie »
  • Ian B. militant, « L’antiterrorisme comme mode de répression des militants et des réfugiés politiques »

16h30h-18h30 / Session 2 : Le militantisme après et dans l’émigration, diasporas et solidarités

Modératrice : Anne Le Huérou, Université Paris Nanterre, ISP

Intervenants :

  • Hanna Perekhoda, Université de Lausanne, « Solidarités. Militer depuis l’étranger ? »
  • Inna Omarova, association Singa. « Expérience d’exil et lutte pour les droits des réfugiés »
  • Perrine Poupin, EHESS, CEMS. « La révolution ukrainienne de 2013-2014 et sa perception par les milieux militants à l’Est et à l’Ouest »
  • Marko Bojcun, NY University, Londres, « Ukrainian socialists in diaspora and West-East solidarity »

 

Jeudi 24 mai 2018

9h30-12h30 / Session 3 : Pratiques militantes dans les luttes locales

Modératrice : Bella Ostromooukhova, Eur’Orbem, Paris Sorbonne

Intervenants :

  • Elena Russakova, députée municipale à Moscou. « Luttes pour l’espace et l’auto-gestion, dans la capitale russe »
  • Maxim Osadchuk et Iryna Zrobok, militants autonomes, Lviv, Ukraine. « La constitution d’une communauté militante par des pratiques quotidiennes d’activisme local »
  • Daria Serenko, Moscou, coordinatrice du “Tikhij Piket”. « Tikhij Piket (“rassemblement silencieux”) : une stratégie de contournement d’un espace public répressif »
  • Julien Talpin, Université de Lille2, CERAPS, « Les luttes urbaines en France et l’héritage de mai 68 »

12h30-14h : pause
14h00-16h  / Session 4 : L’après 68 entre culture et politique

Modératrice : Olga Bronnikova, ILCEA4, Université Grenoble Alpes

Intervenants :

  • Nicholas Ciuferri, enseignant, écrivain, performer, Italie. « Bologna Spring ’77, in between creativity and violence »
  • Aleksandra Sekulic, Centre de décontamination culturelle, Belgrade. « La culturalisation des revendications politiques après le 68 étudiant en Yougoslavie et la mémorialisation de l’euphorie »
  • Natalia Smolianskaya, RGGU, Moscou.  » Rejouer Mai 68 : les enjeux des mobilisations et des réflexions critiques en Russie post-soviétique »

16h-18h  / Session 5 : Les mobilisations critiques en France et en Europe : l’héritage de Mai 68
Intervenants :

  • Jean Batou, professeur honoraire en histoire politique à la faculté des SSP à l’Université de Lausanne, à propos de son ouvrage Nos années 68 dans le cerveau du monstre
  • Jean-Yves Potel, écrivain, historien spécialiste de l’Europe centrale. « Quel militantisme après 1968 ? Parallèles Est-Ouest »

Discutants : Yves Cohen, CRH-EHESS & Boris Gobille, ENS Lyon

Inscription obligatoire auprès de Bella Ostromooukhova ostrob@gmail.com